Madagascar : des manifestants investissent la place du 13 Mai sous escorte militaire
Par Jeune Mali, d’après Reuters – 11 octobre 2025
Pour la première fois depuis le début des protestations fin septembre, les manifestants malgaches ont pu accéder, ce samedi 11 octobre, à la place du 13 Mai, symbole historique des luttes politiques à Antananarivo. Leur entrée s’est faite sous escorte de militaires, dans un climat tendu marqué par une contestation croissante du régime du président Andry Rajoelina.
Une mobilisation qui prend de l’ampleur
Lancée à l’origine pour dénoncer les pannes récurrentes d’électricité et les coupures d’eau, la mobilisation s’est transformée en un mouvement de protestation d’ampleur nationale. Les participants exigent désormais la démission du chef de l’État, la dissolution du Sénat et de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qu’ils accusent de partialité.
Selon un reportage de Reuters publié le 11 octobre 2025, les contestataires réclament également une excuse publique du président envers la population, estimant que les promesses de campagne n’ont pas été tenues et que la situation économique du pays s’est aggravée.
Une place hautement symbolique
La place du 13 Mai n’est pas un lieu anodin dans la capitale malgache. Elle a souvent été le cœur des grandes mobilisations politiques du pays, notamment lors du coup d’État de 2009 qui avait conduit Andry Rajoelina au pouvoir. L’accès à cet espace public est généralement restreint par les autorités lors des périodes de tension.
Des images relayées sur les réseaux sociaux et citées par Reuters montrent des militaires encadrant pacifiquement la marche de plusieurs centaines de manifestants jusqu’à la place. Fait inédit : certains soldats auraient désobéi aux ordres de leur hiérarchie pour accompagner les protestataires.
Des divisions au sein de l’armée
Toujours selon Reuters, une unité militaire clé, le CAPSAT (Corps d’Administration et de Services des Armées et de la Technologie), aurait appelé ses membres à ne plus obéir aux ordres du commandement. Cette unité avait déjà joué un rôle décisif lors du putsch de 2009. Ce soutien implicite d’une partie de l’armée aux manifestants alimente les craintes d’un nouvel affrontement institutionnel entre civils et militaires.
Un lourd bilan humain
Les Nations Unies ont recensé au moins 22 morts et une centaine de blessés depuis le début des manifestations, un chiffre que le gouvernement malgache conteste. Les autorités évoquent, pour leur part, 12 décès et attribuent les violences à des “éléments incontrôlés” infiltrés dans les cortèges.
Face à la montée des tensions, le président Rajoelina a annoncé un remaniement gouvernemental et la nomination d’un nouveau Premier ministre, espérant calmer la rue et restaurer la confiance. Mais les opposants jugent ces mesures insuffisantes et promettent de poursuivre la mobilisation.
Un tournant politique majeur
Cette crise marque la plus grande épreuve politique pour Andry Rajoelina depuis sa réélection en 2023. Les observateurs redoutent une déstabilisation prolongée dans un pays déjà fragilisé par la pauvreté, la sécheresse et une économie en difficulté. Pour l’heure, la situation reste volatile à Antananarivo, où les autorités tentent d’éviter tout nouvel affrontement entre forces de l’ordre et manifestants.
Source principale : Reuters, “Madagascar protesters enter symbolic May 13 square under military escort”, 11 octobre 2025.
Rédaction : Jeune Mali